Portugal : des bonnes nouvelles dans les combats dits “sociétaux”

Portugal : des bonnes nouvelles dans les combats dits “sociétaux”

Un article de Filipe Avillez traduit par Bernadette Cosyn pour France-catholique:

Quand vous lisez « Portugal », beaucoup d’entre vous pensent immédiatement « Fatima ». Oui, nous sommes le pays que Notre-Dame a choisi de visiter. De bien des manières, nous, nation la plus à l’ouest de l’Europe continentale, sommes le pays où Dieu a planté la graine qui détruirait la grande hérésie communiste de l’Est.

Certes, être catholique et vivre si près de Fatima, dans un pays où la foi mariale est si profondément ancrée dans le tissu culturel est un privilège. Mais ce n’est pas toujours une promenade d’agrément.

En 1997, nous nous sommes battus, et nous avons gagné. Nous avons investi les rues en nombre comme notre Parlement débattait de la légalisation de l’avortement à la demande. Ensuite nous sommes rentrés à la maison pour regarder le vote à la télé et nous avons retenu notre respiration alors que les votes étaient à égalité et qu’il ne restait qu’un député à s’exprimer, un socialiste. Il a voté non. Nous nous sommes réjouis.

En 1998, suite aux élections, ils ont essayé de nouveau et ils ont gagné, mais l’opposition a demandé un référendum. Nous avons envahi les rues, nous avons fait campagne, nous avons prié. Les sondages d’opinion attribuaient la victoire aux groupes pro-avortement. Les sondages avaient tort. Nous avons gagné de un pour cent.

En 2007, nous ne pouvions guère faire plus. Comme mon premier enfant grandissait dans le sein maternel, environ deux tiers de la nation nous ont informés que notre fils n’avait pas de valeur intrinsèque.

L’un des tournants décisifs a eu lieu en 2005, quand un assortiment de minuscules partis de gauche ont unis leurs forces pour former le ’Bloc de Gauche’, qui se présentait lui même comme le nouveau visage de la Gauche, moderne, plus progressiste que les Socialistes, plus mesuré et plus citadin que les Communistes. Ils ont eu un impact immédiat, devenant le parti qu’il faut rejoindre pour les jeunes de la classe moyenne, avec leurs écharpes Arafat et leurs T-shirts Che Guevara.

Le résultat a été que tant Socialistes que Communistes, jusqu’alors les seuls joueurs qui comptaient à gauche de l’échiquier politique, ont commencé à se rallier à toutes les causes progressistes qui se faisaient jour, dans l’espoir de juguler la perte d’électeurs. Le Parti Socialiste, autrefois bercail de catholiques modérés de gauche influents, tels l’actuel secrétaire de l’ONU Antonio Gutteres, fut dûment purgé.

A partir de là, résister aux politiques progressistes du pays s’est mis à ressembler à vouloir arrêter un train emballé en tendant la main et en ayant des pensées positives. En 2010, peu après que le pape Benoît y ait achevé un voyage triomphant, le Portugal est devenu la cinquième nation du monde à reconnaître le ainsi dénommé mariage gay. Ensuite est venue l’adoption par les homosexuels, couronnée par les vieux panneaux publicitaires « Jésus avait deux pères ». Et pour finir nous avons eu le changement de sexe pour les mineurs sans certificat médical – et la maternité de substitution, bien que la Cour Constitutionnelle ait supprimé cette dernière et que notre président actuel, Marcelo Rebelo de Sousa, ait opposé son veto au précédent.

Et récemment on en est venu à l’euthanasie. Quatre projets de loi ont été proposés au vote, assez surprenant en soi si l’on considère qu’un seul parti avait réellement inscrit l’euthanasie dans son programme. C’était le parti ’Peuple, Animaux, Nature’ (PAN) qui, dans un trait d’ironie qui semble lui avoir échappé, a récemment réussi à rendre illégale l’euthanasie des chiens et chats errants. Le PAN n’a qu’un député, mais le ’Bloc de Gauche’ était là pour lui tendre une main secourable. Le parlementaire José Manuel Pureza – un de mes anciens professeurs d’université et peut-être le seul catholique auto-proclamé occupant un poste aussi élevé dans le parti – a écrit une pétition adressée au Parlement demandant la légalisation de « l’aide à mourir ». la pétition fut réceptionnée et transmise à une commission spéciale, présidée par nul autre que Pureza.

Oui, vous avez bien lu… Ce type a écrit et signé une pétition principalement destinée à lui-même. Il a ensuite pris la tête de la commission chargée de l’examiner et de l’évaluer. Cela n’a été une surprise pour personne qu’il en soit résulté un rapport élogieux.

Donc le ’Bloc de Gauche’ a également présenté un projet de loi, et ensuite ’le Parti Vert’ a fait de même, et pour finir les socialistes en ont présenté un également.

Cependant, j’ai remarqué quelque chose d’intéressant dans ce débat. Vous pourriez penser que les gens vont plus facilement être opposés à l’avortement – le meurtre d’un innocent – qu’à l’euthanasie, qui est présentée comme la réalisation du souhait d’une personne en grande souffrance et en phase terminale. Néanmoins, tragiquement, le fœtus a été déshumanisé dans une telle proportion que la plupart des gens ne renâclent même plus à l’idée de le tuer. Il n’est pas aussi facile de déshumaniser les malades et les vieux.

Non seulement l’actuel président de l’Association des Médecins s’est élevé contre l’euthanasie, mais également ses cinq prédécesseurs en vie, ainsi que de nombreuses personnes qui ne s’inscrivent seulement pas dans le stéréotype du catholique conservateur et collet monté. Même ainsi, il semblait que ce serait au Parlement un scrutin sans surprise en faveur des progressistes.

Et alors l’impensable est arrivé. Le Parti Communiste Portugais a annoncé que ses seize parlementaires voteraient contre la loi. Pourquoi ? Ils appelaient cela un pas en arrière de la civilisation. Ils pouvaient avoir également de moins nobles raisons, comme le besoin de se démarquer des socialistes au pouvoir à qui ils avaient apporté un soutien parlementaire, et le désir de défaire le ’Bloc de Gauche’. Quelle qu’en soit la raison, nous n’allions pas nous plaindre : seize votes peuvent être cruciaux.

Donc, le jour dit, nous nous sommes rassemblés devant le Parlement, nous avons écouté des discours, scandé des slogans, agité des banderoles, puis nous sommes rentés à la maison pour voir les lois être rejetées l’une après l’autre, avec un écart de seulement cinq voix pour l’une d’entre elles. Les communistes n’avaient jamais été aussi populaires chez les catholiques pratiquants !

Et donc nous nous réjouissons. (C’était facile pour moi, nous fêtions le quatrième anniversaire de mon petit de 4 ans, une date qu’il partage avec Chesterton, mais ma femme ne m’a pas laissé le prénommer Gilbert.)

Nous nous sommes réjouis alors même que les progressistes aigris promettaient de revenir sur le sujet l’an prochain, alors même qu’ils écrivaient des articles étrillant notre « intolérance » et notre manque de charité.

Ils reviendront et il se peut qu’ils gagnent à un moment donné. Nous le savons. Mais ils n’ont pas gagné ce jour. Ce jour était le nôtre. Et donc nous nous réjouissons, notre enthousiasme grandit un peu et nous nous préparons pour le prochain assaut, sachant que la seule véritable défaite est d’abandonner.

Filipe d’Avillez est un journaliste spécialisé dans les affaires religieuses, travaillant avec le groupe catholique de médias ’Renascença’. Il a un master en histoire de la religion et en théologie. Il vit actuellement à Lisbonne avec sa femme et leurs six enfants. Depuis 2012, il traduit des articles de ’The Catholic Thing’ en portugais.

Illustration : rassemblement devant le Parlement, l’affiche du premier plan dit : toute vie a sa dignité.

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